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 Changement de direction à la tête de la Société de chant sacré

texte paru dans le numéro 3 de  la revue "Chorus", mai 2011


Après 34 ans à la direction de la Société de chant sacré de Genève, Didier Godel s’apprête à poser sa baguette de chef. L’événement est de taille pour les choristes, bien sûr, car ils chantent pour la plupart depuis nombre d’années sous sa direction, mais aussi dans la vie de la Société : en 184 ans d’existence, cette vénérable institution n’a vu défiler, en tout et pour tout, que 5 directeurs !

Homme aux multiples talents, de tempérament passionné, profondément engagé dans ses diverses activités et dans la vie musicale de sa région, Didier Godel a servi son art de diverses manières. Après avoir mené en parallèle des études en architecture et au Conservatoire, il s’oriente vers la musique et dès les années 1970-1980 les grands axes de sa carrière se dessinent : il deviendra successivement titulaire des orgues au temple de Champel, enseignant de solfège supérieur au Conservatoire, directeur de la Société de chant sacré de Genève. Il sera aussi critique musical au Journal de Genève, facteur d’orgues, animateur d’un ensemble de cuivres… et exercera tout au long de sa vie ses talents de compositeur, créant plus d’une trentaine d’œuvres pour chœur et/ou orchestre. Ses choristes auront le privilège d’en interpréter quelques-unes. Infatigable, il s’engagera et se dévouera sans compter dans  plusieurs sociétés et associations liées au monde de la musique chorale. 


En tant que chef de chœur, Didier Godel s’est fixé une ligne de conduite qu’il respectera avec la plus grande ténacité : suivant l’élan donné par son prédécesseur Samuel Baud-Bovy, il se dirigera résolument hors des sentiers battus, privilégiant la présentation d’œuvres peu connues, parfois contemporaines, de compositeurs suisses - et même genevois -, offrant ainsi à la Société, le « Chant sacré » tel qu’on l’appelle communément, l’opportunité de jouer un rôle culturel spécifique dans le climat musical ambiant. Il n’oubliera pas pour autant les grandes œuvres du répertoire classique et romantique, mais fera souvent œuvre de pionnier… au grand dam, parfois, de ses choristes, que l’on a pu entendre pester et rechigner à l’apprentissage de certaines œuvres difficiles d’accès… Didier Godel ne ménagera jamais ses efforts pour promouvoir une musique qu’il estime injustement oubliée, et amener choristes et public à l’apprécier : présentation des œuvres à l’occasion de conférences et dans les médias, édition de partitions introuvables dans le commerce, orchestration d’œuvres trop difficiles à chanter à capella, disponibilité et générosité pour offrir des répétitions supplémentaires à la demande des choristes, encouragements,  humour non dépourvu d’une certaine théâtralité pour détendre l’atmosphère…  et quelques scènes d’énervement homérique ! Et en fin de compte, les choristes vécurent souvent un sentiment d’aboutissement, de fierté d’avoir réussi à interpréter des œuvres qui dans les premiers temps de répétition semblaient  relever de la pure cacophonie ! Nombreux sont les choristes et auditeurs qui resteront reconnaissants envers Didier Godel d’avoir su élargir leur horizon musical, de leur avoir appris à connaître et apprécier des œuvres qu’ils n’auraient sans doute, sans lui, jamais approchées.


A ce directeur d’envergure, il fallait trouver un digne successeur. C’est à Romain Mayor, jeune chef vaudois, que la Société de chant sacré a confié la responsabilité de son avenir musical.  

Romain Mayor a terminé brillamment, en 2010, sa formation professionnelle de direction de chœur et d’orchestre à la Haute école de musique de Genève, et se perfectionne encore au Conservatoire de Fribourg en vue d’obtenir un master en chant. Il a étudié également le piano, la musicologie et la musique ancienne. Il exerce aujourd’hui les activités de chef de chœur, de chanteur (en tant que choriste et soliste, avec deux incursions à l’opéra), et d’organiste. Il dirige ou a dirigé plusieurs chœurs aux répertoires variés, comprenant aussi bien de la musique populaire que le répertoire classique, avec une prédilection pour la musique des XXème et XXIème siècle, comme avec le Chœur Post-scriptum qu’il a créé.  Il a repris la direction du Chœur J.S. Bach de Lausanne l’an dernier, et entrera en fonction au « Chant sacré » cet automne. 

Formation solide, compétence déjà reconnue, mais aussi abord simple et direct teinté d’humour, attitude toute en finesse et en nuance de ce jeune chef de 27 ans : tous ces atouts laissent augurer d’une belle et fructueuse collaboration entre la Société de chant sacré et son futur chef. 

Didier Godel dirigera son dernier concert en mai prochain. C’est avec un sentiment de profonde reconnaissance envers tout ce qu’il a amené à la Société pendant des décennies que les choristes chanteront « Le Laudi » d’Hermann Suter, en forme de remerciement envers leur chef.

Et, pour l’avenir, bienvenue à Romain Mayor ! 

Lucie Page-Dorsaz, présidente de la Société de chant sacré de Genève